La Nouvelle culture économique, c’est exactement comme la "Nouvelle culture politique" : le même et vaste foutage de gueule n’ayant d’autre objectif que de calmer le quidam ulcéré par la conception très particulière que les "décideurs" se font du bien commun.
Or donc, après s’être littéralement goinfrés de dividendes, bonus et autres stock options durant les années fastes, les grands patrons d’entreprises se sont vus rattrapés par une crise économique née de leurs propres excès mais dont ils entendent, comme de coutume, refiler la facture à leurs employés et à l’ensemble des contribuables.
"C’est la crise, les temps sont durs, il faut faire des sacrifices et donc réduire les salaires et licencier du personnel" nous disent-ils... mais en évitant, comme de coutume, de s'inclure dans cette recette-miracle
A la banque Dexia, qui ne doit sa survie qu’à l’intervention massive des contribuables belges et français, les cadres ainsi sauvés du chômage viennent d’empocher 8 millions d’euros (12.5 millions de dollars canadiens) tandis que l’ex PDG de l’entreprise, Axel Miller, a pour sa part reçu une indemnité de départ de 825.000 euros (1.3 million de dollars)… alors qu’il avait pourtant annoncé, fin septembre 2008, qu'il ne demanderait aucun dédommagement après sa démission forcée. Mais comment en vouloir á Axel Miller lorsqu’on sait que son successeur, Pierre Mariani, vient de se voter lui-même un salaire fixe en hausse de 30% par rapport à celui de son prédécesseur ?
En France toujours, Daniel Bouton, PDG de la Société Générale, a décidé de partir à la retraite pour "protéger la Société Générale" (sic). Un magnanimité qui vous arracherait des larmes si on ne savait qu’elle s’accompagne également d’un généreux plan de retraite personnel de 730 000 euros par an, soit 1.1 million de dollars.
En Belgique, les ex dirigeants de la banque Fortis ne sont pas en reste. Jean-Paul Votron, l’ex patron licencié le 11 juillet dernier, a empoché 6.3 millions d’euros (10 millions de dollars) en quittant son bureau, tandis que Gilbert Mittler, l’ex directeur financier, est parti avec 4 millions d’euros qui ne l’empêchent pas de continuer à en réclamer 900 000 de plus, qui lui seraient paraît-il dus pour sa pension.
Au Québec, après avoir lamentablement échoué dans la revente de la firme de télécommunication BCE, son PDG, Michael Sabia, a dû démissionner de son poste mais en empochant tout de même une prime de départ de 14 millions de dollars canadiens, une prime "incitative" de 3.1 millions, et une prime "de reconnaissance" de 1.25 million, soit plus de 18 millions de dollars (11 millions d’euros) de primes, auxquelles s’ajoute une rente annuelle de 969 000 dollars bien évidemment indexée.
Dans ses conditions, on comprend mieux pourquoi Monsieur Sabia, qui à 55 ans vient d’être nommé PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec, on comprend mieux pourquoi il ne s’est pas exagérément fait prier pour renoncer à la rente annuelle de 235 000 dollars à laquelle sa nouvelle nomination lui donnait normalement droit...
Mais tout cela n’est finalement que peu de chose en regard de ce qui se passe aux États-Unis, pays pourtant le plus touché par la crise, et où Rick Wagoner, PDG de General Motors, s’est vu contraint de démissionner de son poste et d’une entreprise maintenant sous respiration artificielle de Washington, mais non sans avoir empoché un chèque de 20 millions de dollars US (15 millions d’euros) correspondant "à sa retraite et à d'autres éléments de rémunération à paiement différé" dûs pour ses 32 années de présence au sein d’une entreprise qu’il a lui-même conduite à la faillite.
Chez Goldman Sachs, qui n’a dû sa survie qu’aux 10 milliards de dollars que lui a versé en catastrophe le Trésor américain, le discours a au moins le mérite d’être clair, puisqu’aussitôt après avoir renoué avec les bénéfices, les dirigeants de cette banque ô combien estimable ont annoncé leur intention de rembourser Washington au plus vite, ce qui, comme le souligne le Wall Street Journal, leur permettra d’échapper ainsi aux critères de rémunération imposés par la Maison Blanche, lesquels limitent les bonus des dirigeants à un tiers de leur salaire fixe et imposent un contrôle des augmentations de dividendes...
Plus ça change, plus c’est pareil…
